Interview: Field Music
La crème du rock indé anglais Field Music revient avec son quatrième album, Plumb. La formation qui avait été personnellement choisie par Belle & Sebastian au festival Bowlie Weekender, retrouve ici son style fragmentaire des débuts. Mais il n’est pas pour autant question de retour en arrière. La musique des frères Brewis s’enrichit et incorpore des influences cinématographiques, notamment des années 50-60. Avec Plumb, Field Music brille à nouveau par sa créativité.
David Brewis nous parle de ses inspirations, de leurs plans pour 2012, et de la bande-son de Charlie et le Chocolaterie... Découvrez l'interview ci-dessous !
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Félicitations pour votre nouvel album Plumb ! Que vouliez-vous accomplir en enregistrant cet album et pensez-vous avoir réussi ?
Nous essayons constamment d’écrire de meilleurs morceaux et de créer des albums toujours plus intéressants. Le but est de créer quelque chose de différent par rapports à nos travaux précédents. Alors que Measure était un album long avec des morceaux qui allaient droit au but, Plumb est un album très court avec une approche beaucoup plus fragmentée en termes de structure des morceaux.
En général, les sonorités d’un album dérivent d’une scène musicale particulière – les vôtres sont un ensemble complexe d’influences très différentes ! Quelles étaient vos influences majeures pour Plumb ?
Il y en a tellement ! Je ne sais pas s’il y en a vraiment des majeures, car depuis deux ans – entre la clôture de Measure et le commencement de Plumb – nous avons écouté beaucoup de musiques. Ça va de West Side Story à Sonic Youth et de David Bowie à Fairport Convention en passant par les Bee Gees.
Au niveau des paroles, cet album est plus engagé – pouvez-vous nous expliquer les thèmes qui se cachent derrière Plumb ?
Nous essayons seulement d’associer nos expériences et nos valeurs avec le monde extérieur, et transformer nos frustrations en quelque chose de plus positif. Pour moi, il s’agit surtout des différentes interprétations de nos aspirations, et pourquoi certaines d’entre elles sont si négatives. D’un autre côté, beaucoup de frustrations sur cet album sont indépendantes les unes des autres – pourquoi ne pas faire quelque chose d’utile? Pourquoi sommes-nous (tous) si enclins à nous décevoir mutuellement, ou à ne pas vivre avec les meilleures intentions?
Votre album précédent était un double album; était-ce plus facile ou plus difficile de produire un album simple cette fois-ci ? Avez-vous du réprimer vos instinct créatifs ou avez-vous essayé de contenir toutes vos idées dans un plus petit espace ?!
Notre instinct est de ne pas trop nous répéter, donc ce fut encore une fois différent avec Measure. Je ne peux pas dire si c’était plus facile ou plus difficile. Nous sommes toujours assez absorbés par la création de l’album, quelque soit l’objectif final.
Vous avez récemment construit votre propre studio: quel a été l'impact sur l'écriture et l'enregistrement de Plumb ? Votre label vous donne-t-il champ libre en termes de créativité ?
En réalité, nous avons eu notre propre studio pendant plus de dix ans (nous le partagions avec The Futureheads) mais nous avons du déménager fin 2010. Il n’y a eu que deux impacts majeurs à travailler dans le nouveau studio : premièrement, je me suis blessé le bras en peignant le studio, donc je n’ai pas pu jouer pendant les premiers mois de 2011. Deuxièmement, comme l’espace n’était plus partagé, nous pouvions nous installer et travailler comme nous le souhaitions, ce qui signifie que nous pouvions travailler plus rapidement et il était plus facile d’essayer de nouvelles choses. Matt et Ollie, du label Memphis Industries, nous ont toujours laissé faire nos albums librement. Je pense qu’ils aiment avoir la surprise du résultat. Heureusement, nous n’avons pas encore fait d’album qu’ils détestent !
Nous savons que vous considérez vos albums comme un ensemble à écouter en entier, mais si vous deviez choisir un morceau sur cet album, lequel serait-il et pourquoi ?
Quand nous avons terminé l’album, il y a deux morceaux dont j’ai été particulièrement fier: ‘(I Keep Thinking About) A New Thing’, car c’est un de nos rares titres où je peux m’imaginer danser dans ma cuisine, et ‘From Hide And Seek To Heartache’, qui, je trouve, est une des meilleures chansons de Peter, possède ses meilleurs arrangements de guitare et peut-être aussi nos meilleures harmonies vocales. Ça change quand nous jouons sur scène – certains titres sont géniaux à jouer en live.
“Prog-rock” est une expression que la presse utilise souvent à votre sujet. Pensez-vous que c'est une description juste de votre son ? Sinon, comment décriveriez-vous votre son ?
Nous faisons du rock, et nous essayons d’éviter les clichés, ou du moins nous les utilisons dans des contextes différents, mais je n’aime pas catégoriser en genres musicaux. Il n’y a pas un grand nombre de groupes prog-rock dont je suis fan. C’est un genre étrange – pour nous, Fleetwood Mac et Led Zeppelin sont aussi valides que Wire ou Television – nous sommes chanceux de ne pas avoir à nous intéresser à ces divisions. .
Votre communiqué de presse cite des influences qui incluent “les musiques de films du 20ème siècle, de Bernstein à "Willy Wonka"; seriez-vous intéressés d'écrire de la musique pour un film un jour ? Si vous deviez écrire la bande originale d'un film culte, lequel serait-il et pourquoi ?
Je pense que Peter serait très bon à cela – je n’ai pas ce talent là ! La plupart des films dont je me rappelle ont des musiques incroyables donc je n’y toucherais pas. S’il y a un autre film des Rutles un jour, je pense que nous pourrions probablement aider Neil Innes à pondre quelques nouvelles parodies des Beatles.
Nous avons également lu que David a utilisé la musique de Willy Wonka à son mariage ! Est-ce vrai ? Si oui, pouvez-vous développer ?
C’est vrai. Mon mariage était assez simple mais nous voulions tout de même avoir de la bonne musique quand les gens arrivent à la mairie – j’ai écourté la chanson ‘Pure Imagination’ à une minute ou deux et ça a marché parfaitement !
Vous avez collaboré avec Tortoise, Jaga Jazzist et Austin Peralta l'année dernière: comment s'est passée la rencontre ? Y a-t-il d'autres artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ?
Les mecs de Jaga nous ont contacté pour nous demander si nous voudrions bien jouer avec eux à un festival à Bergen. Nous sommes arrivés un jour avant pour répéter, avec Dan Bitney, John McEntire, Jeff Parker de Tortoise et Austin Peralta. Jaga ont appris certaines de nos chansons, et nous avons appris certaines des leurs, et voilà – deux répet’ et un concert - c’était super !
C’était génial d’être dans un environnement étranger et d’avoir la chance de jouer avec de tels musiciens avec des univers si différents. Nous avions peur d’être un peu dépassés, donc nous avons beaucoup répété avant, mais ça a bien fonctionné. Je pense que Lars de Jaga était aussi un peu inquiet que ça ne fonctionne pas, et il a probablement apprécié les efforts que nous avons fourni pour comprendre les morceaux (et notre volonté de leur donner de l’espace plutôt que d’essayer de tout jouer jusqu‘au bout !).
Il y a sûrement un tas de gens avec lesquels nous aimerions collaborer, mais pour le moment, je ne dirai pas non à une nouvelle collaboration avec Jaga, Tortoise et Austin à Newcastle.
La musique anglaise est remplie de groupes qui ont du gérer des frictions entre frères ou sœurs musiciens ! Avez-vous rencontré des problèmes similaires ? Si oui, comment les résolvez-vous ?
On ne se dispute jamais. On s’entend très bien – Si nous ne faisions pas de musique ensemble, nous serions quand même meilleurs amis. Quand les choses deviennent trop tendues, on se donne juste un peu de temps pour se calmer, et se souvenir que l’on s’aime toujours. A la longue, on a aussi appris à éviter de se taper sur les nerfs.
Quel a été votre album préféré ces 12 derniers mois ? Et quels sont les albums que vous attendez avec impatience en 2012 ?
Mon album préféré de ces 12 derniers mois a été Babylon par Dr John, mais c’est un vieil album donc ça ne compte peut-être pas. J’ai hâte d’écouter l’album a cappella de The Futureheads en entier, et l’album des Stealing Sheep quand il sera terminé.
Quels sont vos plans pour le reste de l'année ?
Quelques festivals, un peu de tournée, peut-être un autre projet ou une collaboration, et on espère trouver un peu de temps pour écrire des morceaux et revenir en studio.
Enfin, quel est l'avantage à être dans Field Music ?
Les gens me paient pour écrire des chansons et les jouer – étant donné que j’aurais très certainement écrit ces chansons de toute façon et que je peux les transformer en album comme je l’entends, ca me semble une assez bonne affaire.