Interview: Santigold
Mélangeant reggae, électro et presque tous les autres genres musicaux existants, le premier album de Santigold l’avait établi comme l’une des chanteuses les plus fascinantes de 2008. Quatre ans plus tard, Santi White est de retour avec un second album intitulé Master Of My Make Believe.
Santi a pris le temps de nous parler de ce nouvel album, de ses rivaux et de l’impact de David Byrne sur son année. Lisez l’interview ci-dessous :
Pré-écoutez et téléchargez Master Of My Make Believe»
Salut Santi, où vous trouvez-vous en ce moment?
Je suis à Charlotte, en Caroline du Sud, en tournée avec les Red Hot Chili Peppers. Aujourd’hui, je repose ma voix car je l’ai déjà un peu trop usée. Ca a été un vrai tourbillon d’événements jusqu’ici, donc j’ai commencé cette tournée un peu plus fatiguée que je ne l’aurais voulu.
Cela fait quatre ans depuis la sortie de votre premier album – qu’avez-vous fait entre temps?
J’ai passé tout 2008 et 2009 sur la route. Début 2010, j’ai escaladé le Kilimanjaro pour sensibiliser les gens à la cause Clean Water Crisis, puis je suis allée directement d’Afrique à L.A. pour commencer à travailler sur mon nouvel album. J’avais presque fini l’enregistrement en août 2010, et j’ai recommencé à tourner pendant l’automne. Cet hiver, j’ai fini le mixage et le mastering de l’album, tourné quelques vidéos, préparé la pochette et tout ce qui était nécessaire en vue de cette sortie.
Pour ceux qui ne l’auraient pas encore entendu, pouvez-vous nous expliquer à quoi s’attendre avec Master Of My Make-Believe?
Je pense qu’il y a une certaine évolution depuis le premier album. C’est toujours ce que j’aime appeler un ‘collage de musique’ : un copier-coller musical, avec des influences prises de toute part et rassemblées de manière artistique. Mais j’ai été plus ambitieuse cette fois-ci : les morceaux sont complexes et possèdent plusieurs couches. J’ai essayé de nouvelles choses comme sur la chanson ‘The Riot’s Gone’, qui est ma propre version d’une ballade.
Quelles étaient vos inspirations majeures pour cet album? Vos références sont-elles différentes de celles de vos débuts?
J’ai écouté quelques vieilles chansons pop qui avaient une touche de world, comme Peter Gabriel, Kate Bush, ou Malcolm McLaren. J’ai également écouté de la musique africaine comme Fela Kuti, Amadou et Mariam, de la vieille dancehall des années 90, de la vieille new wave etc…
Beaucoup de choses que j’écoute d’une manière générale. J’écoute normalement des vieux tubes quand je crée un album car j’aime souvent mieux la qualité du son de cette époque, et dans la plupart des cas, j’écoute pour trouver l’inspiration d’un son musical plutôt que d’une idée de chanson. Mais pour être honnête, je n’écoute pas beaucoup de musique quand je crée un album. Souvent, ça m’empêche de comprendre ce qui se passe dans ma propre tête.
Diriez-vous qu’il existe un thème général sur cet album?
On peut dire que le titre ‘Master Of My Make-Believe’ est le thème de cet album, et le message est que chacun d’entre nous est le maître de notre propre réalité. Nous pouvons décider de ce que nous voyons pour nous même et pour notre monde, et faire de cette vision une réalité.
En combien de temps avez-vous écrit et enregistré l’album? Comment était l’expérience?
Cela a pris près d’un an et demi. C’était un vrai défi car j’étais seule aux commandes du projet. J’ai travaillé avec beaucoup de producteurs, mais j’étais la seule personne constante, essayant de coordonner le tout pour que cela prenne un sens. C’était très dur à certains moments, mais j’ai beaucoup appris tout au long de la création.
Vous avez travaillé une nouvelle fois avec Switch et Diplo sur l’album, mais il y a également de nouvelles têtes – qu’est-ce qui vous a attiré à travailler avec Dave Sitek et Greg Kurstin? Que pensez-vous qu’ils ont apporté à l’album?
J’ai travaillé avec beaucoup de nouveaux producteurs cette fois-ci car il était très important que le projet possède cette énergie fraîche. J’ai essayé de débuter là où j’avais laissé le dernier album, mais ça ne marchait pas donc j’ai essayé d’une autre manière. C’était super pour moi de travailler avec de nouvelles personnes (Dave Sitek, Greg Kurstin, Nick Zinner, Ricky Blaze etc.) car chaque relation a fait ressortir une nouvelle facette de ma personnalité.
Je me suis aussi fait de nouveaux amis en travaillant sur cet album. Dave Sitek a un très bon sens du rythme, j’ai toujours aimé son jeu de batterie! Et en plus, c’est un type super! Greg Kurstin est un musicien et un compositeur brillant. Il écrit tellement vite et réussi toujours ses compos. Il pourrait être mon frère de musique; je ne pense pas qu’il n’ait jamais écrit quoi que ce soit que je n’aimais pas.
Chaque personne avec qui j’ai travaillé a apporté quelque chose de spécial à l’album. Il s’agit des meilleurs artistes et producteurs et chacun d’entre eux a un talent unique. Sans leur contribution, l’album ne serait pas ce qu’il est. La belle histoire de ce disque est que c’est une forme de musique communautaire: il est ce qu’il est grâce à l’effort de tous.
Si vous deviez choisir un titre dont vous êtes le plus fier, lequel serait-il et pourquoi?
Je ne sais pas. Peut-être ‘The Riot’s Gone’ car ce morceau est venu de nulle part et a été écrit d’une manière très différente. Je me suis simplement assise au piano et j’ai joué et chanté. Je me suis surprise moi-même! Je ne joue même pas vraiment du piano.
Votre premier album était un vrai succès: avez-vous ressenti une pression quelconque lorsqu’il a fallu enregistrer le deuxième?
Non, je n’ai pas ressenti de pression pour cette raison. La seule pression que j’ai ressentie venait de moi. Je voulais dépasser mes limites. Je voulais faire mieux; toujours être meilleur.
Les artistes pop féminines dominent les classements en ce moment, bien plus qu’avant. Vous sentez-vous dans une position plus forte qu’en 2008, en tant que femme dans l’industrie musicale? Qui considérez-vous comme vos rivaux?
Non, je ne me sens pas en position plus forte à cause du succès d’autres artistes féminines. Quand je regarde les autres artistes, je ne me reconnais pas forcément. La plupart sont souvent à demi sapée. Pas grand-chose a changé de ce côté là. Je ne rivalise qu’avec moi-même, comparer mon succès à celui des autres serait une perte de temps.
Vous avez récemment collaboré avec Amadou et Mariam recently – comment cela s’est-il passé?
Leur management m’a contacté pour me demander si je voulais bien travailler sur leur album, et j’ai dis oui! Je suis une grande fan. C’était une expérience super, d’autant plus que mon ami Nick Zinner a pu travailler sur la même chanson, donc nous nous sommes bien amusés. Amadou et Mariam sont tellement talentueux et le procédé leur semblait tellement naturel.
Vous avez travaillé avec tellement de grands artistes dans votre carrière – Avec qui vous êtes-vous amusé le plus ? Et y a-t-il quelqu’un avec qui vous aimeriez travailler dans le futur?
J’ai beaucoup aimé travailler avec les Beastie Boys. Ce sont des types super et très drôles. Et j’ADORE la vidéo qu’ils ont crée avec Spike Jonze pour le morceau que nous avons fait. Je ne sais pas, j’ai commencé à travailler avec Earl Sweatshirt de Odd Future, donc je suis excitée de voir ce que cela donnera.
Vous avez débuté dans le management d’artistes – gardez-vous toujours un œil sur les nouveaux talents ? Si oui, qui vous a marqué cette année?
Je n’ai pas vraiment le temps de garder un œil ouvert pour le moment! J’aime toujours découvrir de la nouvelle musique. Mais ça demande beaucoup de temps et d’effort et c’est ce qui me manque en ce moment ! J’aime la chanson ‘212’ d'Azealia Banks, ‘Spend It’ de 2Chainz et ’S Cooled’ de Blood Orange...
Quels sont vos projets pour le reste de l’année? Allez-vous venir en Europe?
Je serai sur la route pour le reste de l’année. Et je viendrai sans aucun doute en Europe à un moment donné, surement cet été!
Enfin, quel a été l’apogée de votre carrière jusqu’à présent?
Honnêtement, je pense que le temps fort de ma carrière a été il y a quelques mois, après l’un de mes concerts à Brooklyn, quand David Byrne m’a envoyé un email pour me dire que c’était l’un des meilleurs concerts qu’il ait jamais vu. C’était incroyable. Je ne savais même pas qu’il était dans la salle!